Cette main tendue devant moi semble m'inciter à la saisir. Ses longs doigts magnifiquement embellis d'une légère French manucure et ornés d'une multitude de bagues s'approchent de moi au son métallique que produit le choc des bracelets qui enserrent son poignet. Malgré l'once d'espoir qui me parcourt, ma seule action est de me recroqueviller sur moi-même, de peur que cette main ne finisse sa course sur mon visage comme tant d'autres avant elle. Voyez comme je suis devenu faible. Cette promesse d'aide qui reste malgré mes sanglots. J'ai peur. Peur que tout ce qui s'est passé recommence. Mais après tout ai-je vraiment le choix ? Oui. Laisser mon corps pourrir ici, laissant mon âme retourner au près de mon frère ou accepter l'aide que veut me procurer cette inconnue. Mon choix est fait. J'ai décidé d'arrêter de me morfondre. La terre ne s'arrêtera pas de tourner parce que je ne suis plus. Doucement, mes sanglots cessent, mon visage sort de mes genoux et mon regard se redirige sur cette main qui me fascine tant. Lentement, ma main droite se dirige vers son amie qui l'attend toujours, puis se saisit d'elle. En un élan je me retrouve debout et tombe dans les bras de mon inconnue. La seule chose que j'ai vu sont ses magnifiques yeux bleus...
Flash Back
[Du côté de Tom].
Le corps y est mais son âme s'est envolée voilà un mois maintenant. Le jeune guitariste du groupe à succès du moment n'est plus, à la place réside un jeune homme de 18 ans, perdu et complètement anéantit. La douleur s'empare de lui, à chaque photo retrouvée, à chaque odeur sentie, à chaque chanson fredonnée. Il est maintenant tel un robot programmé, il ne proteste plus, il ne réagit plus... Là sur son fauteuil, entouré de ses deux compagnons de scène, il regarde sans grand intérêt, les jeunes filles qui se produisent devant eux. Elles passent, les unes après les autres, toutes tentant leurs chances qu'elles croient posséder, pour parvenir à devenir la nouvelle chanteuse du groupe. Bien sûr, aucune, aucune d'entre elles ne pourra remplacer cet androgyne à la voix envoûtante qu'était Bill. Aucune n'a sa voix, son regard perçant, ou même son charme. Malgré que tous sachent cela, ils sont contraints d'en sélectionner une. Combien sont elles passés à être passée devant ses yeux? Ces yeux où ne se reflètent à présent que la tristesse et la haine. Ces yeux si envoûtant, qui brisaient tellement de coeur. Ces yeux strictement identiques aux siens... Il les avait prévenues, il n'en choisirait aucune. D'ailleurs il tenait parole, il n'ouvrait la bouche que pour leur demander d'aller chercher la suivante ou leur cracher des insultes au visage, déversant un peu plus à chaque fois sa rage et sa tristesse, dans ses mots. Le bassiste et le batteur ne bronchaient pas, tout autant affectés par la peine que leur procurait le départ précipité de leur ami. La journée se finissait, sans qu'aucune des candidates n'ait tapé dans l'oeil des musiciens. Ils commencèrent à partir lorsqu'une dernière arriva précipitamment :
- Excusez moi ?
- Oui ?
- C'est bien ici les auditions pour devenir chanteuse du groupe Tokio Hot..
- Oui c'est bien ici mais nous allions partir, alors tes fesses tu les bouges mais je veux plus les voir ici.
- ....
- Hum ... Excuse le ... Bien présente toi et dit nous ce que tu vas nous chanter.
- Je .. Je m'appelle Sacha, je viens de Hambourg et j'ai 17 ans. J'avais l'intention de chanter Heilig.S'en était trop pour le jeune guitariste qui s'était mis à pleurer silencieusement. Heilig... Non. C'était leur chanson, chanson d'une époque bénite, oh oui il se souvenait très bien de cet après midi, où la chanson était née. Un bel après midi de décembre où, pour une fois, le temps avait été clément et leur accordait une journée de soleil. C'est ensemble qu'ils avaient passé cette journée magnifique, loin du groupe et du monde, au bord d'un petit étang où la végétation jouissait d'une éternelle liberté, comme protégée par le temps. Un lieu magnifique qu'ils affectionnaient depuis de nombreuses années. Lieu solitaire, rien qu'à eux. Ils s'étaient allongés sur l'herbe, Tom caressant doucement les cheveux de son jumeau placé sur son torse. Oui ils étaient bien. Bill avait fredonné des paroles qu'il s'était empressé de noter, Tom avait trouvé la mélodie. Heilig était née.
Malgré le fait que ce soit Heilig qu'elle allait chanter, une autre chose le gênait, son âge. Bill avait toujours été le plus jeune. Toujours le petit de tout le monde et surtout de lui. Perdu dans ses pensées il n'attendit pas Gustav :
- Et bien vas-y...La mélodie qui enivre la pièce au point de le rendre fou, cette voix qui s'élève dans la salle. Elle n'était pas particulièrement belle, non, mais elle était emplit d'une force, une énergie qui surpassait sa simplicité. La chanson se termine et le silence reprend ses droits. Les deux aînés restèrent scotchés à leurs chaises, le rappeur ne semblait pas différent de tout à l'heure. C'est David, qui était arrivé en même temps que la chanteuse, qui prit la parole le premier :
- Je crois que nous ne pouvons pas douter de votre talent... Hum..
Un regard discret en direction de ses musiciens où deux des trois acquissent, et il reprit la parole :
- Vous êtes engagé...
Cette phrase fit écho dans la tête du blond, qui releva la tête, comme sortit d'une transe. La rage envahit son visage, ses poings cognèrent le bois de la table, sa chaise eu rendez vous avec le sol:
- JAMAIS ! TU N'AS PAS LE DROIT ! C'EST BILL NOTRE CHANTEUR ! NOTRE GROUPE C'EST AVEC LUI !
Tout en disant cela, il s'était dangereusement approché de son producteur, le doigt furieux, pointé vers lui. Personne, personne n'avait le droit de remplacer son frère. Personne. Pas même son producteur. Malheureusement pour lui, il savait qu'il se lançait dans une guerre qu'il perdrait.
- Mais Tom, ouvre les yeux bon sang ! Tu crois qu'on a vraiment le choix ? ! Alors tu auras beau crier, me menacer, elle restera et ce n'est pas ça qui fera revenir ton frère. Bill. Je suis désolé Tom, je n'ai pas le choix.
Comment ? Comment avait-il osé prononcer le prénom de son jumeau, son ange, sa vie ? ! La rage disparut pour laisser place à une tristesse infinie. Une larme coula sur ses joues râpeuses. Il se retourna, près à partir. Ca y est, il avait perdu. Ne contrôlant plus rien, ses jambes se dirigèrent en courant vers la sortie pour s'y arrêter. Doucement, tournant juste son buste, Tom plongea son regard humide dans celui de son producteur et lui transmit tout son désespoir. Puis, avec une douceur illimitée, il parla :
- On a toujours le choix ...
Puis le blond se remit à courir en direction de sa chambre sous le regard vide d'expression de tous ses amis. Tous le savaient mais personne ne lui en avait jamais parlé. Il se droguait. Il se mutilait. Sûrement pour oublier sa peine. Pour repenser aux instants magiques avec son frère.
Courir. Pleurer. Blesser. Ne pas oublier.
Le blond courait à travers l'hôtel afin d'atteindre sa chambre. Une multitude de larmes, semblables à des diamants, coulaient le long de son angélique visage. Un mois. Un mois qu'il mourrait un peu plus chaque jour. Un mois. Il était arrivé. Devant son antre. Sa reine l'attendait. Un verrou qui saute, une porte qui grince, un ado pas tout à fait adulte qui entre dans la pièce tout juste illuminée par le couloir. Le bruit significatif de la porte qui se referme, puis le noir total. Le blond se dirigea d'un léger vers l'endroit où se trouvait Morphée et s'y assis. Il alluma la petite lumière qui se trouvait sur la petite table de nuit en chêne massif, veinée de longues rainures, semblables aux arabesques qui ornaient maintenant son bras. Une fois la pièce éclairée, il se laissa aller, laissant son esprit vagabonder au grès de ses envies. Malheureusement, le 17 octobre lui revenait en tête, le manque s'empara de son esprit, de son corps. Il ne résistait plus depuis déjà deux semaines à l'appel de sa reine. Elle, la seule à lui faire prendre son pied, à le faire planer. Alors, comme par mauvaise habitude, sa main dériva vers son sac au sol et en sortit un sachet. Le rappeur s'assit, à son aise sur son lit de roi, et prépara son matériel. Il ôta son T-shirt, laissant découvrir son torse amaigrit mais gardant un certain charme. Il enleva sa casquette et détacha ses dreadlocks, les laissant flotter dans son dos crevé par la fatigue et la détresse. Comme une technique apprise par coeur, il attrapa le ruban élastique et l'entoura autour de son bras tel un garrot puis se mit à admirer une magnifique veine bleue qui se profilait sur son bras meurtri. Après s'être occupé de son bras, il alla bichonner sa reine. D'abord se saisir de la seringue qui la contenait puis l'inspirer dans cette dernière. Ôter les bulles d'air qu'elle pourrait contenir. La reine est très capricieuse. Puis cet instant, où le temps semble s'arrêter. Le poing du blond qui se ferme et l'aiguille qui s'approche de son but. Il savait ce qui allait suivre, il planerait et cauchemarderait. C'était le prix à payer pour une minute de bonheur. Une minute de plus...
I walk a lonely road (Je marche sur une route en solitaire )
The only one that I have ever known (La seule que j'ai jamais connue )
Don't know where it goes (Je ne sais pas où elle mène )
But it's home to me and I walk alone (Mais c'est chez moi et je marche seul )
I walk this empty street (Je marche dans cette rue déserte )
On the boulevard of broken dreams ( Sur le Boulevard des rêves brisés )
Where the city sleeps (Où la ville dort )
And I'm the only one and I walk alone (Et je suis le seul et je marche tout seul )
Le beau blond pleure, il pleure des larmes chaudes et salées, tout en s'injectant son héroïne sucré et glaciale dans le sang. Un liquide pour un autre. Doucement, la drogue enivra son esprit pour laisser place à un étrange songe...
[A partir d'ici c'est ma créatrice de cauchemar personnel qui prend le relais] Il flottait. Oui, c'était cela, il flottait. Il flottait, allongé sur le dos, au dessus d'une sorte d'épais nuage. Tout était blanc, autour de lui. Un blanc léger, délicat. C'était apaisant.
Il appréciait la sérénité de l'endroit. Alors c'était ça, le paradis de l'héroïne ? Cette douce atmosphère cotonneuse et sereine ? Il voulait rester dans ce monde silencieux, il voulait y rester, oui, pour toujours !
Tom pencha la tête en arrière, puis soupira. C'était tellement agréable, ce silence. Cette sérénité. Ce calme. Ce calme auquel il n'avait plus droit depuis le départ de son frère.
Bill.
Son visage se crispa. Il se releva brutalement, tentant de prendre appui sur le nuage. Peine perdue. Il était toujours sur le dos, les yeux ne voyant que du blanc, partout, à perte de vue. Sa respiration s'accéléra brutalement. Bordel, qu'est-ce qui se passait ?
Il ouvrit la bouche, et hurla. Où plutôt, tenta de hurler. Pas un son ne se fit entendre dans l'immensité ouatée. Une tache noire apparut soudain. Une tache qui filait à vitesse grand V vers lui. Tom fronça les sourcils. Il reconnaissait cette silhouette.
- Bill...
Pas un son ne franchit ses lèvres. Il resta bouche bée devant son frère. Enfin, le squelette revêtu des affaires de son frère. Les larmes lui montèrent aux yeux.
Bill, là, devant lui, plus maigre que jamais. Il portait un tee-shirt rouge et noir, déchiré à plusieurs endroits, laissant apparaître ses hanches. Mon Dieu, ses hanches... On voyait les os qui pointaient. Un pantalon de cuir noir semblait flotter autour de ses jambes. Tom frémit. Il reconnaissait ce pantalon, il l'avait offert à son frère pour leur dernier Noël passé ensemble. Ce pantalon moulait Bill, avant qu'il ne disparaisse. La ceinture semblait n'avoir aucune autorité sur le pantalon.
L'ex-chanteur regarda son frère, les yeux vides, ternes, mornes. Aucune trace de vie ne s'y trouvait. Son maquillage avait coulé, accentuant ses cernes et la maigreur de son visage. Il s'avança, puis s'arrêta en voyant le geste qu'avait esquissé son frère pour l'attirer.
Tom laissa retomber son bras, craignant de faire disparaître son frère. Il rêvait de voir son frère depuis 1 mois. 1 mois d'horreur, 1 mois de cauchemars.
Son regard noisette, brillant d'une lueur nouvelle, tentait de faire revivre celui de son jumeau. Bill, voyant que le guitariste n'esquissait plus un geste, avança doucement. Encore un peu. Quelques pas de plus. Il finit par s'agenouiller au niveau du cou de son frère. Passa sa main droite sur le visage du blond. Il ouvrit la bouche.
Désespéré, Tom n'entendait rien. Il voyait son jumeau déclarer quelque chose, mais il n'entendait pas. Ne pouvait répondre. Les larmes se mirent à couler le long de ses joues creusées.
Le brun se leva. Il observa une dernière fois son frère, gravant les traits de son visage dans sa mémoire. Puis fit volte-face, et partit d'un pas léger.
Tom se débattit, tentant d'hurler, tandis qu'il voyait la silhouette se son frère disparaître dans les nuages blancs qui l'entourait.
- BILL ! BILL ! REVIENS !
Une voix, aussi légère qu'une plume, se fit entendre.
-Reviens... Je t'attends...
Le blanc vira au noir. Le silence se transforma en un hurlement désespéré. Tom se sentit tomber, tomber, tomber. Tomber...
[Je reprends mes droits][Du côté de Bill]
La pluie fouettait hardiment les carreaux de ce petit pavillon, perdu en pleine banlieue londonienne. Le jeune androgyne s'était levé aux aurores comme il le faisait depuis bientôt un mois. Il avait apprit à apprécier la douceur matinale et le vent frais du matin, faisant balayer sur son visage ces magnifiques cheveux noirs. C'était là, face à la nature encore endormie qu'il s'autorisait à penser à son passé. Passé qui le hantait. Une partie de lui le suppliait de retourner auprès de son jumeau et d'oublier cette idylle, alors que l'autre jouissait de sa liberté d'action auprès de cet homme qu'il l'avait comme arraché de tout ce strass. Trente et un jours, un mois. Un mois depuis ce départ de son Allemagne natale. Un mois durant lequel les remords c'était emparé de son être. Un mois où son rêve était devenu cauchemar. Où l'homme qu'il aimait, lui avait volé son innocence de force. Où le silence et la peur le hantaient. Welcome to hell....
Le temps, ce matin du trente et unième jour, s'accordait parfaitement à son humeur. La pluie frappait les carreaux semblables aux larmes qui ravageaient son visage. Le vent soufflait d'une colère interdite comme la rage qui bouillait en lui de ne rien pouvoir faire face à cet être qui l'avait violé et forcé à se prostituer. Se prostituer. C'est dans ces instants là qu'il maudissait ce corps qui était le sien, ce style qui lui appartenait .Oh oui, il se haïssait. Ce corps frêle et blanc. Délectable. Ces cheveux doux et soyeux. Admirables. Ce visage androgyne qui plaisait autant aux hommes qu'aux femmes. Et encore si ce n'était que ça. Un ça qui était déjà énorme mais que Klaus avait trouvé insuffisant. Il avait trouvé le moyen de récolter encore plus d'argent. Propriétaire d'un bar sortit de je ne sais où, il avait fait de son « homme » le clou d'un spectacle de strip-tease. Strip-tease, qui se terminait obligatoirement dans une chambre à l'étage dans les bras de celui qui avait été le plus envoûté par cet ange déchu. Tous les jours la même rengaine... Quand cela cessera-t-il ?
Fin flash back.
Je me réveille dans une pièce que je ne connais pas. Je me trouve dans un lit, objet dont j'avais oublié le confort. Une odeur d'orange embaume la pièce. Seules mes chaussures m'ont été retirées. Sûrement pour ne pas salir les draps qui malgré tout le seront vu mon état. Je me lève doucement et, inspire fortement, afin de m'imprégner de cette réalité magique. Doucement je me dirige vers la chaise qui se trouve à côté de la porte. Une pile de serviette ainsi que des produit de soin, shampoing, savon, maquillage, brosse à ongle, démaquillant .... M'attendent accompagnés d'un mot. Je me saisit de lui et lis.
« Bonjour ... Bill
Je sais que je ne me suis pas trompé. Malgré tes traits devenus si creux et ta chevelure ternis, je sais que c'est bien toi. Tu ne me connais pas. Et pourtant moi je te connais. Je suis partie faire des courses. Je t'ai laissé tout ce qui se trouve sous ce mot. Va prendre une douche. Troisième porte à droite en sortant de la chambre. Nous ferons les présentations plus tard.
Hannah. »
Le dit Bill s'avança vers la porte, son pactole dans les bras. Il ouvrit la porte qui donnait sur un couloir et entra dans la pièce située derrière la troisième porte. Il arriva dans une salle de bain où il vit une chaise sur laquelle il posa ses affaires. Il se défit de ses vêtements, maintenant vieux et usés, et entra dans la cabine de douche avec ses produits qui le laveraient de cette époque bien noire...
_______________________________
Voici donc le premier chapitre de ma fiction.
Jespère que vous aurez pris du plaisir à le lire.
Question / Avis ?
Merci de votre lecture